{"id":192,"date":"2013-07-18T09:13:37","date_gmt":"2013-07-18T08:13:37","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.uclm.es\/luisarroyozapatero\/?p=192"},"modified":"2022-11-15T19:35:06","modified_gmt":"2022-11-15T19:35:06","slug":"delits-et-peines-dans-don-quichotte-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.uclm.es\/luisarroyozapatero\/2013\/07\/18\/delits-et-peines-dans-don-quichotte-2\/","title":{"rendered":"D\u00e9lits et peines dans Don Quichotte."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><strong>D\u00e9lits et peines dans Don Quichote<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\">Luis Arroyo Zapatero<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Traduction de<\/strong>: Prof. Dr. C\u00e9cile Vilvandre<\/p>\n<p>\u00a0Cervant\u00e8s n\u2019\u00e9tait pas juriste et encore moins criminaliste, mais c\u2019\u00e9tait un grand connaisseur de la justice et des criminels, connaissances qu\u2019il a refl\u00e9t\u00e9es avec un esprit critique -encore une fois en avance sur son \u00e9poque- dans Don Quichotte et dans bien d\u2019autres de ses \u0153uvres.<\/p>\n<p>Le texte le plus appropri\u00e9 pour un p\u00e9naliste est sans doute le chapitre vingt-deux de la Premi\u00e8re partie, intitul\u00e9 \u00ab<i>de la libert\u00e9 que rendit Don Quichotte \u00e0 quantit\u00e9 de malheureux que l\u2019on conduisait contre leur gr\u00e9, o\u00f9 ils eussent \u00e9t\u00e9 bien aises de ne pas aller\u00a0\u00bb<\/i>, c\u2019est-\u00e0-dire, le chapitre des gal\u00e9riens, chapitre bien tremp\u00e9, munitions de bouche pour les id\u00e9ologies oppos\u00e9es des cervantistes dissertant sur la pens\u00e9e politique de Cervant\u00e8s<sup>1<\/sup>; en outre, selon l\u2019avis autoris\u00e9 de Rodr\u00edguez Mar\u00edn<sup>2<\/sup>, nul autre chapitre de Don Quichotte ne pr\u00e9sente autant de difficult\u00e9s pour son bon entendement que celui-ci.<\/p>\n<p><b>La peine des gal\u00e8res<\/b><\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019int\u00e9r\u00eat de ce travail pourrait bien \u00eatre de retracer quelle \u00e9tait la condition de gal\u00e9rien, l\u2019origine et l\u2019\u00e9volution de la peine des gal\u00e8res et les d\u00e9lits qui y condamnaient.<\/p>\n<p>En d\u00e9pit des apparences, aucun d\u00e9lit ne l\u2019a partout et toujours \u00e9t\u00e9, le Droit p\u00e9nal n\u2019est pas non plus un Droit <i>\u00ab\u00a0naturel<\/i>\u00a0\u00bb, aussi la peine des gal\u00e8res commen\u00e7a-t-elle par ne pas exister. Au tout d\u00e9but du XVI\u00e8me si\u00e8cle, les peines pr\u00e9vues pour les d\u00e9lits sont g\u00e9n\u00e9ralement la peine de mort, les peines corporelles \u00e0 diff\u00e9rents degr\u00e9s, en particulier celle de la mutilation et du fouet, les peines p\u00e9cuniaires comme l\u2019amende et les confiscations<sup>3<\/sup>.<\/p>\n<p>Le Droit p\u00e9nal de l\u2019Ancien R\u00e9gime se caract\u00e9rise par sa m\u00e9connaissance de la prison et de la privation de la libert\u00e9 en tant que peines proprement dites. Le s\u00e9jour en prison est un simple stade provisoire en attendant le jugement ou la peine, la peine de mort, le fouet ou le bannissement<sup>4<\/sup>. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une situation logique et conforme \u00e0 l\u2019\u00e9poque, car les peines sont une privation des droits fondamentaux, et pour que surgisse la peine de prison, la libert\u00e9 en tant que droit fondamental devait na\u00eetre pr\u00e9alablement et pour cela il a fallu attendre 1789, toute une r\u00e9volution qui illumine une nouvelle conception de l\u2019homme et du citoyen.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, on ne doit pas s\u2019\u00e9tonner qu\u2019\u00e0 ce jour, ceux qui exercent la justice, nous r\u00e9clamions que les peines de prison soient remplies dans des habitacles dignes, propres et sans entassement. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une preuve de pi\u00e9t\u00e9 ou de mis\u00e9ricorde envers les for\u00e7ats mais d\u2019exiger ce qui fait partie du concept\u00a0: la prison doit simplement supposer la privation de libert\u00e9. Pour cela on doit respecter l\u2019intimit\u00e9 en pr\u00e9voyant des cellules individuelles, pour cela on doit permettre l\u2019acc\u00e8s aux m\u00e9dias, \u00e0 la presse et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, pour cela on ne doit pas exclure la visite matrimoniale, etc. La prison ne doit pas \u00eatre un lieu \u00ab\u00a0<i>o\u00f9 toute l\u2019incommodit\u00e9 a sa place et o\u00f9 tout triste bruit s\u2019est install\u00e9 \u00e0 demeure<\/i>\u00a0\u00bb\u00a0 tel que le d\u00e9crit Cervant\u00e8s en faisant allusion \u00e0 l\u2019une de celles o\u00f9 il engendra son \u0153uvre.<\/p>\n<p>L\u2019origine de la peine des gal\u00e8res se situe g\u00e9n\u00e9ralement dans une pragmatique de l\u2019Empereur Charles Quint du 31 janvier 1530. Avec celle-ci, le Roi-Empereur autorisa sa justice \u00e0 remplacer ou \u00e0 commuer certaines peines par le service aux gal\u00e8res royales<sup>5<\/sup>. Depuis lors les ch\u00e2timents corporels les plus graves, les mutilations et les bannissements \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pouvaient \u00eatre commu\u00e9s par le service aux gal\u00e8res pour plus de deux ans. Et non moins, car on consid\u00e9rait que le temps d\u2019instruction \u00e0 la rame durait au moins un an. En 1552 l\u2019Empereur remit l\u2019institut au go\u00fbt du jour et \u00e9tendit \u00e0 d\u2019autres d\u00e9lits la facult\u00e9 substitutive en mentionnant comme d\u00e9lits sp\u00e9cialement appropri\u00e9s \u00e0 un tel proc\u00e9d\u00e9, les larcins qualifi\u00e9s, les vols, les brigandages et les violences.<\/p>\n<p>\u00c0 mesure que le danger turc augmentait en M\u00e9diterran\u00e9e et avec lui la n\u00e9cessit\u00e9 et l\u2019effectif des meilleures embarcations pour cette guerre -les gal\u00e8res-, l\u2019\u00e9ventail des d\u00e9lits s\u2019\u00e9largissait dont la punition m\u00e9rit\u00e9e de droit ou par commutation \u00e9tait la condamnation aux gal\u00e8res. Un exemple significatif de cette tendance est une Pragmatique de Philippe II, quelques ann\u00e9es avant la grande bataille navale de L\u00e9pante, en 1566, une ann\u00e9e apr\u00e8s la grave confrontation entre Alg\u00e9riens et Turcs au large des c\u00f4tes de Malte.<\/p>\n<p>\u00c0 la suite de cette pragmatique<sup>6<\/sup>, le premier larcin d\u2019un voleur fut puni de 6 ans de gal\u00e8res. Jusqu\u2019alors ce premier larcin condamnait au fouet et \u00e0 payer le septuple, et n\u2019\u00e9taient envoy\u00e9s aux gal\u00e8res que ceux qui manquaient de moyens pour payer ladite amende. Les vagabonds \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des voleurs. Castillo de Bovadilla<sup>7<\/sup> proclame que \u00ab\u00a0<i>celui qui vole le pain des pauvres est comme le paresseux qui est sain et mendie de porte en porte<\/i>\u00a0\u00bb. D\u2019ailleurs pour mendier et pour voler, on en prenait pour quatre ans de gal\u00e8res, ajoute-t-il\u00a0; et il poursuit\u00a0: les bigames pass\u00e8rent du ch\u00e2timent corporel \u00e0 10 ans de gal\u00e8res et les ruffians en prenaient jusqu\u2019\u00e0 10 ans. Les entremetteurs y allaient aussi bien que la dur\u00e9e f\u00fbt moins longue; les adult\u00e8res et les homosexuels \u00e9chang\u00e8rent aussi le b\u00fbcher contre les gal\u00e8res. Les faux t\u00e9moins cess\u00e8rent de perdre leurs dents sous l\u2019action des tenailles pour passer dix ans en mer de m\u00eame que les blasph\u00e9mateurs; et les jureurs, \u00e0 qui on cessa de clouer la langue contre 6 ans de gal\u00e8res<sup>8<\/sup>.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi SEVILLA SOLANS<sup>9<\/sup> qui nous r\u00e9v\u00e8le, en lisant sur les inventaires des gal\u00e9riens, qui se trouvaient aux archives de l\u2019Ordination de la circonscription maritime de Marina de Cartagena, que bon nombre de gens \u00e9taient envoy\u00e9s aux gal\u00e8res pour des v\u00e9tilles\u00a0: pour avoir jou\u00e9 aux boules \u00e0 la f\u00eate foraine, pour avoir gifl\u00e9 autrui \u00e0 pleines mains lors d\u2019une procession, pour avoir manqu\u00e9 de respect \u00e0 sa m\u00e8re et \u00e0 la justice, pour avoir rendu la vie dure \u00e0 sa femme, mais aussi, l\u2019affaire devenant plus grave, pour avoir pr\u00e9tendu l\u2019\u00e9touffer sous les matelas du lit ou pour avoir incendi\u00e9 la prison\u2026<\/p>\n<p>L\u2019impressionnante bureaucratie de la Maison d\u2019Autriche et son \u0153uvre qui subsiste aux Archives de Simancas ont permis de fournir ces statistiques. Le Professeur de Las Heras Santos, sur plus de 40 listes de gal\u00e9riens qui regroupent 3800 for\u00e7ats, conclut que la composition juridique des gal\u00e9riens \u00e9tait la suivante\u00a0: 40% de larrons et voleurs, 25% d\u2019homicides et de causeurs de torts, auteurs de graves infamies 5%, et autant pour les petites infamies, errants 4%, divers 11% et provisoires 10%<sup>10<\/sup>. D\u2019autre part, sur l\u2019ensemble des d\u00e9tenus dans le Royaume de Castille, 80% \u00e9tait condamn\u00e9 aux gal\u00e8res<sup>11<\/sup>. Un sur cinq \u00e9tait condamn\u00e9 aux gal\u00e8res \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, bien qu\u2019il ne purgeait habituellement pas plus de dix ans de peine<sup>12<\/sup>. Pour les autres la dur\u00e9e moyenne de la navigation de plaisance en M\u00e9diterran\u00e9e \u00e9tait de six ans, les condamnations les moins graves s\u2019\u00e9levant \u00e0 au moins 3 ans, g\u00e9n\u00e9ralement toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es du fouet. D\u2019o\u00f9 tient son origine l\u2019expression \u00ab\u00a0<i>fouet et gal\u00e8res<\/i>\u00a0\u00bb pour parler du repas ordinaire.<\/p>\n<p>Nous pouvons imaginer les difficult\u00e9s et les d\u00e9penses que supposait la conduite des condamn\u00e9s \u00e0 n\u2019importe quel port de destination, qui fut d\u2019abord celui de Malaga et plus tard aussi Carthag\u00e8ne et Puerto de Santamar\u00eda. C\u2019est une disposition de 1557 de Philippe II qui indique en d\u00e9tail les points de destination en fonction de ceux d\u2019origine\u00a0: ceux provenant de Galice passeront pas Villafranca, Valladolid et S\u00e9govie pour \u00eatre conduits \u00e0 Tol\u00e8de et, finalement \u00e0 Malaga\u00a0; ceux de Le\u00f3n, Oviedo, Salamanque, Palencia, Ciudad Rodrigo et Zamora, \u00e0 Valladolid pour \u00eatre aussi envoy\u00e9s \u00e0 Malaga\u00a0; ceux de Burgos, Calahorra, Osma, Sigu\u00ebnza et de Navarre, \u00e0 Soria et de l\u00e0 \u00e0 Carthag\u00e8ne\u00a0; Avila, S\u00e9govie, Tol\u00e8de, Madrid, Alcal\u00e1 et Guadalajara, de nouveau \u00e0 Tol\u00e8de pour leur exp\u00e9dition \u00e0 Malaga\u00a0; ceux de Placencia, Coria, Badajoz et Cadiz, \u00e0 S\u00e9ville pour leur remise \u00e0 Puerto de Santa Mar\u00eda\u00a0; Cordoue, Ja\u00e9n et Grenade de nouveau \u00e0 Malaga, et ceux de Cuenca \u00e0 Carthag\u00e8ne.<\/p>\n<p>Tol\u00e8de a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e \u00e0 juste titre comme le lieu d\u2019origine de nos gal\u00e9riens. Et ceci n\u2019est pas seulement d\u00fb au fait que l\u2019un d\u2019eux cite la place de Zocodober.<\/p>\n<p>L\u2019ordre juridique ne manquait pas non plus de la pr\u00e9vision n\u00e9cessaire \u00e0 la surveillance des for\u00e7ats et aux cas de leur lib\u00e9ration illicite. La Pragmatique de 1544 ordonne que les conduites des for\u00e7ats aux gal\u00e8res \u00ab\u00a0<i>soient men\u00e9es sous bonne garde, de telle sorte qu\u2019ils ne puissent s\u2019\u00e9loigner et s\u2019enfuir, et qu\u2019ils soient men\u00e9s en toute s\u00fbret\u00e9 pour \u00eatre remis aux endroits et aux emplacements qui sont ordonn\u00e9s<\/i>\u00a0\u00bb. Dans la m\u00eame disposition on excluait le gal\u00e9rien du privil\u00e8ge d\u2019immunit\u00e9 pour trouver refuge dans un lieu sacr\u00e9, et \u00e0 l\u2019auteur de la fugue par faute ou par n\u00e9gligence, on infligeait une amende de 100 ducats pour chaque for\u00e7at enfui, amende qui \u00e9tait destin\u00e9e \u00e0 l\u2019achat d\u2019un esclave de remplacement, ce qui r\u00e9affirme le caract\u00e8re utilitaire de cette peine aux gal\u00e8res. Mais ceci ne concernait que la d\u00e9livrance par n\u00e9gligence et non pas la r\u00e9bellion, ce dont il est question dans Don Quichotte.<\/p>\n<p><b>La vie dans les gal\u00e8res<\/b><\/p>\n<p>Les gal\u00e8res repr\u00e9sent\u00e8rent pour la vie publique la s\u00e9curit\u00e9 et l\u2019agilit\u00e9 dans les relations commerciales entre les pays riverains, et furent pour la guerre l\u2019instrument qui lib\u00e9rait de la soumission aux vents la soif de victoire des amiraux sur les hommes et sur les choses. Mais pour ceux dont le destin \u00e9tait de faire avancer les vaisseaux \u00e0 la force de leurs bras et de leurs corps en tirant sur les rames, les gal\u00e8res n\u2019\u00e9taient qu\u2019un \u00ab\u00a0enfer flottant\u00a0\u00bb, telles que les qualifie Gregorio Mara\u00f1\u00f3n dans son \u00e9tude m\u00e9dico-sociale sur les gal\u00e8res<sup>13<\/sup>. Dans cette derni\u00e8re, il d\u00e9clare en citant le docteur Alcal\u00e1 que \u00ab\u00a0la vie du gal\u00e9rien est une vie proprement infernale\u00a0; il n\u2019y a aucune diff\u00e9rence entre l\u2019une et l\u2019autre si ce n\u2019est que l\u2019une est temporelle et l\u2019autre est \u00e9ternelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les gal\u00e9riens purgeaient leur peine enfil\u00e9s \u00e0 une cha\u00eene qui les alignait en rangs sur les bancs du vaisseau, sans qu\u2019ils ne soient jamais d\u00e9livr\u00e9s de leurs fers fix\u00e9s \u00e0 leurs pieds, sauf lorsque le garde-chiourme \u00f4tait les cha\u00eenes du cadavre du for\u00e7at. Nourriture, sommeil et physiologie, tout se faisait \u00ab\u00a0\u00e0 la cha\u00eene\u00a0\u00bb et sous la communaut\u00e9 des fers. Sans jamais pouvoir se d\u00e9placer plus de deux m\u00e8tres par rapport au banc, avec les rames pour unique exercice, pratique accompagn\u00e9e et rythm\u00e9e par le recours syst\u00e9matique au fouet du comite.<\/p>\n<p>Une fois arriv\u00e9s apr\u00e8s la longue et p\u00e9nible excursion sur le banc, voici ce que Guzmanillo de Alfarache nous raconte<sup>14<\/sup> sur leur sort\u00a0: on leur donnait les \u00ab\u00a0v\u00eatements du roi\u00a0\u00bb qui \u00e9taient l\u2019uniforme de \u00ab\u00a0la chiourme\u00a0\u00bb<sup>15<\/sup>, gr\u00e8gues en toile, gilet rouge, manteau grossier et bonnet rouge aussi\u00a0; apr\u00e8s leur avoir ras\u00e9 la barbe et la t\u00eate, on les mettait aux fers et on les rencha\u00eenait. Ensuite on leur donnait le biscuit des gal\u00e8res, vingt-six onces, qui \u00e9tait un g\u00e2teau sec \u00e9labor\u00e9 \u00e0 base de pain \u00e0 moiti\u00e9 ferment\u00e9, p\u00e9tri en forme de petite galette, cuite par deux fois pour la dess\u00e9cher et \u00e9viter sa fermentation pendant les longues travers\u00e9es, une sorte de pain int\u00e9gral nous dit Mara\u00f1\u00f3n. Le biscuit \u00e9tait si dur que les vieux gal\u00e9riens attendaient avec satisfaction de voir les nouveaux essayer de le croquer, exp\u00e9rience o\u00f9, de coutume, ils se cassaient les dents, ce qui les portait \u00e0 le mouiller dans le \u00ab\u00a0potage\u00a0\u00bb, nom que recevait, \u00e0 cette \u00e9poque, toute cuisson de l\u00e9gumes secs, en principe, des f\u00e8ves, qui \u00e9taient les plus ordinaires, et aussi les moins appr\u00e9ci\u00e9s. Il semble que pour que la cuisson soit compos\u00e9e de pois chiches, il fallait au moins gagner la bataille de L\u00e9pante. Mais ce menu si frugal, en raison de la r\u00e9tention du d\u00e9ficit public, s\u2019\u00e9tait r\u00e9duit \u00e0 une triste soupe appel\u00e9e \u00ab\u00a0m\u00e2chemoure\u00a0\u00bb, une sorte de consomm\u00e9 avec les restes du biscuit. C\u2019\u00e9tait au plus ce qu\u2019ils recevaient pour d\u00eener<sup>16<\/sup>.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que pensent certains m\u00e9cr\u00e9ants, aux enfers, s\u2019il en est, la discipline existe, et aux gal\u00e8res aussi<sup>17\u00a0<\/sup>: on prend soin d\u2019appliquer les ordres de punir vols et larcins, blasph\u00e8mes et p\u00e9ch\u00e9 de sodomie<sup>18<\/sup>, ainsi que d\u2019autres nombreuses bagatelles, comme d\u2019introduire aux gal\u00e8res \u00ab\u00a0tabac pour fumer\u00a0\u00bb, femme l\u00e9gitime ou autre, ainsi que d\u2019\u00e9garer un habit. Les coups sont la pharmacop\u00e9e la plus habituelle. Guzman le raconte bien: \u00ab\u00a0chacun re\u00e7ut cinquante coups de fouet qui faisaient sauter, en les dressant, les nerfs de b\u0153uf sur lesquels la peau restait coll\u00e9e\u00a0\u00bb<sup>19<\/sup>, coups dont on ass\u00e9nait le coupable et tous ceux qui se trouvaient autour, pour \u00eatre s\u00fbr de l\u2019atteindre, et pour que chacun en tire sa propre le\u00e7on. Les coups pouvaient venir seuls ou accompagn\u00e9s d\u2019une prolongation de peine aux gal\u00e8res. Les r\u00e9voltes \u00e9taient les plus mal consid\u00e9r\u00e9es, et recevaient la peine de mort, dont l\u2019ex\u00e9cution admettait la mise en sc\u00e8ne la plus violente. Le r\u00e9cit de Guzman parle pour tous ceux qui re\u00e7urent les condamnations suivantes\u00a0: \u00ab\u00a0On condamna Soto et un autre compagnon, qui \u00e9taient les chefs de la r\u00e9volte, \u00e0 \u00eatre <i>\u00e9cartel\u00e9s par quatre gal\u00e8res<\/i>. Cinq furent pendus; et beaucoup d\u2019autres inculp\u00e9s furent condamn\u00e9s \u00e0 vie aux gal\u00e8res, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 publiquement fouett\u00e9s tout autour de la flotte\u00a0\u00bb<sup>20<\/sup>.<\/p>\n<p><b>Galerie de portraits de gal\u00e9riens<\/b><\/p>\n<p>Voici quel est le panorama p\u00e9nal que conna\u00eet et refl\u00e8te Miguel de Cervant\u00e8s, \u00e0 travers la description de 6 des 12 for\u00e7ats encha\u00een\u00e9s auxquels Don Quichotte rendit la libert\u00e9. Souvenons-nous de ces portraits\u00a0:<\/p>\n<p>Le premier des interrog\u00e9s, \u00e2g\u00e9 de 24 ans et natif de Piedrahita, \u00e9tait condamn\u00e9 \u00e0 3 ans <i>fermes <\/i>aux gal\u00e8res, c\u2019est-\u00e0-dire, trois ans pleins, non r\u00e9ductibles, et ceci pour \u00ab\u00a0<b>avoir \u00e9t\u00e9 amoureux<\/b>\u00a0\u00bb. Notre h\u00e9ros amoureux en reste tout \u00e9tonn\u00e9\u00a0: \u00ab<i>Est-ce tout\u00a0? Eh bien, si l\u2019on vous condamne aux gal\u00e8res parce que vous \u00eates amoureux, il y a longtemps que je devrais y tirer la rame<\/i>\u00a0\u00bb. Mais comme le gal\u00e9rien expliqua, il fut pris de tendresse pour un panier de linge. Comme c\u2019\u00e9tait du \u00ab<i>flagrant d\u00e9lit<\/i>\u00a0\u00bb, on ne le fit pas passer aux aveux sous la torture, et l\u2019affaire fut vite r\u00e9gl\u00e9e\u00a0; ainsi il s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9 aux gal\u00e8res apr\u00e8s en avoir eu pour cent coups sur les \u00e9paules, cent coups de nerf de b\u0153uf, la \u00ab\u00a0<i>centaine habituelle<\/i>\u00a0\u00bb du Lazarillo de Tormes.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me ne r\u00e9pondit pas \u00e0 Don Quichotte tant il \u00e9tait abattu, mais le natif de Piedrahita, plus dispos\u00e9, lui expliqua\u00a0: \u00ab<i>Lui, il va aux gal\u00e8res parce que c\u2019est un canari et qu\u2019il a trop chant\u00e9\u00a0<\/i>\u00bb. Il chanta <i>sous<b> <\/b>le supplice de l\u2019eau<\/i> qui consiste \u00e0 boucher les narines du condamn\u00e9 avec un linge qui lui couvre la bouche pour y verser de l\u2019eau \u00e0 flots, jusqu\u2019\u00e0 ce que linge et eau soient emport\u00e9s jusqu\u2019aux entrailles.<\/p>\n<p>\u00c0 dire vrai ce qui est le plus surprenant et repoussant du Droit p\u00e9nal de l\u2019Ancien R\u00e9gime n\u2019est pas tant la brutalit\u00e9 des ch\u00e2timents propre \u00e0 l\u2019atavisme des hommes de cette \u00e9poque, et m\u00eame de la n\u00f4tre lorsque les cordes de ce faible cellulo\u00efd qu\u2019est la civilisation, se rel\u00e2chent. Ce qui est le plus surprenant est que des personnes raisonnables, \u00e0 l\u2019esprit cultiv\u00e9, puissent assumer, comme une chose logique et naturelle, que la pratique de la torture soit la m\u00e9thode correcte de la recherche de la v\u00e9rit\u00e9. Comme s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas \u00e9vident que, sous la torture, m\u00eame les plus innocents<sup>21<\/sup> d\u00e9clarent leurs fautes. Le garde dit avec raison, et ceci m\u00eame constitue une critique cervantine du syst\u00e8me: \u00ab\u00a0<i>un d\u00e9linquant a bien de la chance quand il n\u2019y a pas de preuves ni de t\u00e9moins contre lui, et qu\u2019il a sa vie ou sa mort au bout de la langue<\/i>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me for\u00e7at r\u00e9pondit \u00e0 Don Quichotte qu\u2019il s\u2019en allait faire une visite de cinq ans au grand pr\u00e9, faute de dix ducats, parce que s\u2019il les avait eus \u00ab<i>il aurait pu graisser la patte au greffier et r\u00e9veiller l\u2019esprit de l\u2019avocat<\/i>\u00a0\u00bb, ce qui renferme le reproche de Cervant\u00e8s \u00e0 une Administration de Justice livr\u00e9e \u00e0 la corruption<sup>22<\/sup>.<\/p>\n<p>Le quatri\u00e8me des interrog\u00e9s impressionna et impressionne \u00e0 cause de sa \u00ab<i>v\u00e9n\u00e9rable figure avec une barbe blanche qui lui tombait plus bas que la poitrine<\/i>\u00a0\u00bb. Son d\u00e9lit \u00e9tait d\u2019\u00eatre maquereau avec en plus une pointe de sorcellerie, \u00ab<i>courtier avec l\u2019argent des autres, et m\u00eame avec leur corps<\/i>\u00a0\u00bb, comme expliqua le suivant. Cet honn\u00eate homme a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 quatre ans de gal\u00e8res, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 promen\u00e9 dans les rues \u00ab<i>\u00e0 cheval, en habit de f\u00eate et en grande pompe<\/i>\u00a0\u00bb. Ici Cervant\u00e8s en profite, avec Don Quichotte, pour rompre une lance en faveur de la l\u00e9gitimit\u00e9 du commerce du corps et de ses courtiers, \u00ab<i>m\u00e9tier qui exige beaucoup d\u2019habilet\u00e9 et des plus utiles dans un \u00e9tat bien ordonn\u00e9\u00bb<\/i><sup>23<\/sup>. Malgr\u00e9 d\u2019aussi bonnes que de succinctes raisons \u2013Don Quichotte dit bien qu\u2019un jour il en parlera \u00ab\u00a0<i>\u00e0 quelqu\u2019un qui pourra s\u2019occuper efficacement de la chose<\/i>\u00a0\u00bb-, le Code continua d\u2019infliger, jusqu\u2019\u00e0 une \u00e9poque r\u00e9cente, aux si singuliers \u00ab\u00a0<i>courtiers de commerce\u00a0<\/i>\u00bb, si d\u2019autres circonstances aggravantes n\u2019intervenaient pas, une peine de 2 \u00e0 6 ans de prison et d\u2019une amende. D\u2019ailleurs le maquereau a d\u00fb attendre pour sa libert\u00e9 le Code p\u00e9nal de 1995, \u00e0 condition de ne s\u2019int\u00e9resser qu\u2019aux plus de 18 ans et sans qu\u2019il y ait d\u2019abus.<\/p>\n<p>Je dis, en passant, que la promenade par les rues habituelles de la ville, emplum\u00e9 et coiff\u00e9 d\u2019un saint-b\u00e9ni , mont\u00e9 sur\u00a0 un \u00e2ne ou sur une monture \u00e0 peine plus noble, avec un cort\u00e8ge et des annonces \u00e0 haute voix, \u00e9tait la p\u00e9nitence commune pour les sorcelleries \u00e0 deux liards. La caroche ou mitre en papier \u00e9tait tr\u00e8s vari\u00e9e. Ces ornements faisaient allusion au d\u00e9lit commis. Elle \u00e9tait indiqu\u00e9e pour les maquerelles. En ma condition personnelle de Recteur, il convient de se souvenir, avec Rodr\u00edguez Mar\u00edn, de ce passage de <i>l\u2019\u00c9cole de C\u00e9lestine<\/i> (<i>La Escuela de Celestina<\/i>) de Salas Barbadillo\u00a0:<\/p>\n<p>&lt;&lt;La Rectrice C\u00e9lestine<\/p>\n<p>De notre Universit\u00e9<\/p>\n<p>A tant d\u2019autorit\u00e9<\/p>\n<p>Qu\u2019elle est sur le point de devenir \u00e9v\u00eaque.<\/p>\n<p>Et je pr\u00e9sume m\u00eame qu\u2019elle l\u2019a \u00e9t\u00e9,<\/p>\n<p>Et cela plus \u00e0 propos ne peut venir\u00a0;<\/p>\n<p>Car l\u00e0 o\u00f9 elle porte son bonnet<\/p>\n<p>Je pense qu\u2019elle a port\u00e9 la mitre.&gt;&gt;<\/p>\n<p>Le cinqui\u00e8me \u00e9tait \u00e9tudiant et \u00e9tait habill\u00e9 comme tel. Il \u00e9tait condamn\u00e9 \u00e0 six ans de gal\u00e8res pour avoir pris trop de bon temps avec deux cousines germaines et deux autres filles qui \u00e9taient soeurs, mais pas les siennes. Il s\u2019y \u00e9tait soumis et r\u00e9sign\u00e9, comme s\u2019il savait que cette vocation pour l\u2019accroissement de la famille et pour le plaisir qu\u2019elle procure, devrait attendre jusqu\u2019en 1978 pour qu\u2019elle devienne libre de toute peine.<\/p>\n<p>La fresque criminologique que peint Cervant\u00e8s termine avec celui qui couronne le tout, Gin\u00e8s de Passemont, condamn\u00e9 \u00e0 10 ans, au regard un peu crois\u00e9 \u2013parce qu\u2019il louchait-, rus\u00e9 et fieff\u00e9 coquin, marqu\u00e9 plusieurs fois au fer, c\u2019est-\u00e0-dire r\u00e9cidiviste, auteur de sa biographie qui peut damer le pion au Lazarillo de Tormes, bien que le manuscrit soit rest\u00e9 inachev\u00e9 car sa propre vie l\u2019est aussi. Mais encore, Gin\u00e9sille est un for\u00e7at chevronn\u00e9, car pour servir Dieu et le Roi, il y \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 rest\u00e9 quatre ans, connaissant bien le go\u00fbt du biscuit et du nerf de boeuf, ainsi que le temps libre o\u00f9 il n\u2019y a pas lieu de ramer. En d\u00e9finitive, un homme d\u2019esprit, bien que coquin, un homme d\u2019esprit malchanceux. Lui-m\u00eame le dit\u00a0: \u00ab\u00a0<i>La malchance s\u2019acharne toujours sur les gens d\u2019esprit\u00a0\u00bb.<\/i><\/p>\n<p>Ici s\u2019ach\u00e8ve le portrait et Don Quichotte commence sa c\u00e9l\u00e8bre allocution\u00a0:\u00a0\u00ab<i>De tout ce que vous venez de me dire, mes tr\u00e8s chers fr\u00e8res, je d\u00e9couvre clairement que, bien qu\u2019on vous ait punis pour vos fautes, les ch\u00e2timents que vous allez subir ne sont pas fort de votre go\u00fbt, et qu\u2019enfin vous allez aux gal\u00e8res tout \u00e0 fait contre votre gr\u00e9\u2026<\/i>\u00bb et il poursuit, pour la suite du texte, je me permets d\u2019insister sur une seule phrase\u00a0: \u00ab\u00a0<i>c\u2019est, \u00e0 vrai dire, une chose monstrueuse de rendre esclaves ceux que Dieu et la nature ont faits libres<\/i><b>.\u00a0\u00bb<\/b><\/p>\n<p>La phrase n\u2019a pas vieilli. Elle a \u00e9t\u00e9 traduite dans la Science P\u00e9nale par ce que l\u2019on appelle Abolitionnisme, id\u00e9e utopique et donc ennuyeuse, mais comme toute utopie, r\u00e9f\u00e9rence toujours n\u00e9cessaire pour s\u2019opposer \u00e0 la mis\u00e9rable r\u00e9alit\u00e9 accompagn\u00e9e de son cong\u00e9n\u00e8re pragmatisme. Il faut toujours tenter d\u2019aller plus loin avec une ardeur quichottesque, m\u00eame si nous finissons comme lui rou\u00e9s de coups, et dans l\u2019obligation de nous exclamer devant nos Sancho avis\u00e9s\u00a0: \u00ab<i>Toujours j\u2019ai entendu dire que faire du bien \u00e0 la canaille, c\u2019est jeter de l\u2019eau dans la mer\u2026 prenons patience pour le moment, et tirons exp\u00e9rience pour l\u2019avenir<\/i>\u00a0\u00bb Et il est vrai, comme l\u2019affirme Guzmanillo de Alfarache \u00e0 propos de celui qui l\u2019a trahi aux gal\u00e8res, \u00abon ne finit presque jamais aux gal\u00e8res pour avoir donn\u00e9 l\u2019aume\u00f4ne ou pour avoir pr\u00each\u00e9 la foi du Christ aux infid\u00e8les\u00a0; tous ceux-l\u00e0 y ont \u00e9t\u00e9 conduits \u00e0 cause de leurs fautes et pour avoir \u00e9t\u00e9 les plus grands voleurs que l\u2019on n\u2019ait jamais vus en Espagne et en Italie\u00a0\u00bb<sup>24<\/sup>.<\/p>\n<p>Cela doit servir de le\u00e7on, certes, mais pour prendre le temps de r\u00e9fl\u00e9chir, et de trouver la juste mesure correspondant \u00e0 chaque \u00e9poque. Le fait de remplacer la mort ou la mutilation par une peine de gal\u00e8res temporaire ou \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 devait para\u00eetre \u00e0 certains, \u00e0 leur \u00e9poque, une preuve de faiblesse de la part du gouvernement et la ruine de la Justice, comme le pensent aussi certains aujourd\u2019hui, \u00e0 propos de la diminution des longues peines traditionnelles par des peines plus courtes qui soient tenues, des autorisations de sortie, et du r\u00e9gime ouvert. Les peines doivent s\u2019adapter \u00e0 la valeur que d\u00e9tient, \u00e0 tout moment, le bien dont on nous prive. Les peines doivent \u00eatre utiles et non pas \u00eatre une simple honte. L\u2019utilit\u00e9 fut d\u00e9couverte, jadis, dans le d\u00e9placement des gal\u00e8res du Roi. Aujourd\u2019hui l\u2019utilit\u00e9 consiste, selon la Constitution, \u00e0 \u00e9viter que ceux qui ont commis un d\u00e9lit retombent dans les m\u00eames crimes, et que ceux qui ne l\u2019ont pas fait, tombent dans la tentation.<\/p>\n<p>Mais nous ne pouvons pas conclure la r\u00e9f\u00e9rence aux gal\u00e8res et aux for\u00e7ats cervantins sans nous rapporter \u00e0 celles et \u00e0 ceux qui sont n\u00e9s aussi du jugement d\u2019utilit\u00e9, en projetant le nomen originaire sur une autre r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle je me sens attach\u00e9 en raison de la juridiction acad\u00e9mique de l\u2019Universit\u00e9 de Castilla- La Mancha: les for\u00e7ats de l\u2019industrie, en particulier ceux des mines d\u2019Almad\u00e9n.<\/p>\n<p>Cervant\u00e8s n\u2019a pas seulement \u00e9t\u00e9 l\u2019homme de lettres qui a connu et c\u00f4toy\u00e9, pour mieux les d\u00e9crire, les gal\u00e8res et les gal\u00e9riens. Mateo Alem\u00e1n en a \u00e9t\u00e9 aussi sp\u00e9cialiste et il le d\u00e9montre dans son Guzm\u00e1n de Alfarache. Nous devons \u00e0 Germ\u00e1n Bleiberg<sup>25<\/sup> la d\u00e9couverte, transcription et \u00e9tude de l\u2019exp\u00e9rience personnelle de Mateo Alem\u00e1n qui a inspir\u00e9 le pr\u00e9cieux exposant de la litt\u00e9rature picaresque. Non pas en prisonnier mais plut\u00f4t en juge visiteur, Alem\u00e1n a connu et a racont\u00e9, avec une fid\u00e9lit\u00e9 digne d\u2019un moderne magn\u00e9tophone, les conditions de vie des for\u00e7ats et des esclaves des Mines d\u2019Almad\u00e9n. Mais cela est une autre histoire que je r\u00e9serve pour une autre occasion.<\/p>\n<p>Je souhaiterais terminer en soulignant que la peine des gal\u00e8res a \u00e9t\u00e9 abolie quand celles-ci sont devenues obsol\u00e8tes et inutiles pour la navigation du fait qu\u2019elles \u00e9taient d\u00e9sormais trop vieilles et peu nombreuses. Le 18 janvier 1749, leur service est annul\u00e9 par le Procureur du Conseil du Roi, et le 20 juin le Marquis de la Ensenada ordonne que les d\u00e9linquants qui \u00e9taient jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent condamn\u00e9s au fouet et aux gal\u00e8res soient dor\u00e9navant envoy\u00e9s aux mines d\u2019Almad\u00e9n ou au Bagne en Afrique<sup>26<\/sup>.<\/p>\n<p align=\"center\">NOTES<\/p>\n<p align=\"left\"><sup>1<\/sup>Vid, OSTERC, Ludovic, <i>El episodio de los galeotes o la cr\u00edtica cervantina conservadora rediviva<\/i>, dans \u00ab\u00a0S\u00e1bado\u00a0\u00bb, suppl\u00e9ment du journal \u00ab\u00a0Unom\u00e1suno\u00a0\u00bb, Mexico, 6 mai 1989.<\/p>\n<p align=\"left\"><sup>2 <\/sup>Cfr. RODRIGUEZ MARIN, Francisco, <i>El cap\u00edtulo de los galeotes. Apuntes para un estudio cervantino<\/i>, Conf\u00e9rence \u00e0 la Junta de Ampliaci\u00f3n de Estudios, Madrid 1912, p.6.<\/p>\n<p align=\"left\"><sup>3<\/sup> Sur le Droit p\u00e9nal de l\u2019Ancien R\u00e9gime v. TOMAS Y VALIENTE, <i>El Derecho penal del Antiguo R\u00e9gimen. (Siglos XVI-XVIII<\/i><b>)<\/b>. Madrid 1969. Pour le syst\u00e8me des peines esp. P.353 et ss.<\/p>\n<p align=\"left\">4 Vid. GARCIA VALDES, <i>Estudios de Derecho penitenciario<\/i>, Madrid, Tecnos, 1982, esp. P. 30 et ss\u00a0; DE LAS HERAS SANTOS, J.L., <i>La Justicia penal de los Austrias en la corona de Castilla<\/i>, Salamanca 1991, p.265 et ss. D\u2019abondantes citations doctrinales depuis Rome peuvent \u00eatre consult\u00e9es dans CASTILLO DE BOVADILLA, <i>Pol\u00edtica para Corregidores<\/i>, Anvers 1704, Livre III, Chap. XV, lui-m\u00eame dit\u00a0: \u00abla prison \u00e9tant, comme elle l\u2019est habituellement, pour la garde et la surveillance des prisonniers, et non pas pour leur infliger torture et peine cruelle\u2026\u00a0\u00bb. Cette oeuvre est une bonne source pour la connaissance de la mentalit\u00e9 d\u2019un juge p\u00e9nal de l\u2019\u00e9poque, tel que l\u2019a vu TOMAS Y VALIENTE dans <i>Gobierno e instituciones en la Espa\u00f1a del Antiguo R\u00e9gimen<\/i>, Madrid 1982, p.179 et ss, dans le chapitre consacr\u00e9 \u00e0 Castillo et intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Semblanza personal y profesional de un juez del Antiguo R\u00e9gimen\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"left\"><sup>5 <\/sup>Pour la peine des gal\u00e8res vid. SEVILLA Y SOLANAS, F., <i>Historia penitenciaria espa\u00f1ola. (La galera)<\/i><b>.<\/b> Tipograf\u00eda del Adelantado de Segovia, Segovia 1917\u00a0; RODRIGUEZ RAMOS, L., <i>La pena de galeras en la Espa\u00f1a moderna<\/i>, dans Libro Homenaje a J. ANTON ONECA, Salamanca 1982, p.523 et ss\u00a0; TOMAS Y VALIENTE, <i>El Derecho penal\u2026, cit.<\/i>, p.390 et ss\u00a0; ROLDAN BARBERO, <i>Historia de la prisi\u00f3n en Espa\u00f1a<\/i>, Barcelona 1988, p.9 et ss\u00a0; DE LAS HERAS SANTOS. <i>Ob. cit.,<\/i> p.304 et ss. Sur le panorama universel de la gal\u00e8re en tant que bateau mais aussi en tant que peine vid. ZYSBERG\/BURLET, <i>Gloria y miseria de las galeras<\/i>, Ed. Aguilar, Madrid, 1989.<\/p>\n<p align=\"left\"><sup>6<\/sup> Cette pragmatique est reproduite dans TOMAS Y VALIENTE, <i>El Derecho penal\u2026,<\/i> cit., p.455 et ss.<\/p>\n<p align=\"left\"><sup>7<\/sup> Castillo de Bovadilla, cit., II, chap. XII, n\u00ba 3.<\/p>\n<p><sup>8<\/sup> V. dans SEVILLA, cit., p.30 et s. Un catalogue des substitutions de peines par celle des gal\u00e8res et un catalogue post\u00e9rieur de la peine des gal\u00e8res comme peine directe, extrait de la Nov\u00edsima Recopilaci\u00f3n.<\/p>\n<p><sup>9<\/sup> Ob. cit., p.61 et ss.<\/p>\n<p><sup>10<\/sup> Ob. cit. p.306.<\/p>\n<p><sup>11 <\/sup>Ob. cit. p.279.<\/p>\n<p><sup>12<\/sup> Diff\u00e9rents Ordres datant de diff\u00e9rentes \u00e9poques r\u00e9p\u00e8tent ce que stipule la D\u00e9p\u00eache Royale de septembre 1653\u00a0: que les peines des gal\u00e8res seront toujours consid\u00e9r\u00e9es d\u2019une dur\u00e9e de dix ans\u2026 par compassion\u2026, v. dans SEVILLA, <i>ob. cit.,<\/i> p.33, aussi ici\u00a0: pour un minimum de deux ans\u00a0: on prolongeait la peine s\u2019il y avait r\u00e9cidive pendant la dur\u00e9e de la condamnation.<\/p>\n<p><sup>13<\/sup> MARA\u00d1ON, Gregorio, <i>Vida e Historia<\/i>, Madrid, Austral, n\u00ba185, 9\u00aaed., 1968, p. 95 et s.<\/p>\n<p><sup>14<\/sup> Mateo ALEM\u00c1N, <i>Guzm\u00e1n de Alfarache<\/i>, ed. De Francisco Rico, Barcelona, Planeta, 2\u00aa ed., 1987, 2\u00aa parte, III, 8, p. 881 et notes.<\/p>\n<p><sup>15<\/sup> Chiourme \u00ab\u00a0La troupe des for\u00e7ats d\u2019une gal\u00e8re. <i>Une bonne chiourme. La chiourme est forte. Renforcer la chiourme<\/i>\u00a0\u00bb, <i>Le dictionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7oise, d\u00e9di\u00e9 au Roy<\/i>, (2 volumes), tome premier, 1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9dition, 1694.<\/p>\n<p><sup>16<\/sup> V. sur ce r\u00e9gime di\u00e9t\u00e9tique MARA\u00d1ON, <i>ob cit<\/i><b>.<\/b>, p. 99 et ss. SEVILLA raconte les applications que recevaient les efforts d\u2019\u00e9conomie, p. 161\u00a0: frais de communions g\u00e9n\u00e9rales, aum\u00f4niers, gestion \u00e0 l\u2019h\u00f4pital des for\u00e7ats, etc, tout \u00e9tait toujours tr\u00e8s minutieusement justifi\u00e9, au compte-gouttes.<\/p>\n<p><sup>17<\/sup> V. les textes dans SEVILLA, <i>ob. cit.<\/i> p. 71 et ss.<\/p>\n<p><sup>18<\/sup> Le p\u00e9ch\u00e9 et d\u00e9lit de sodomie \u00e9tait alors tr\u00e8s mal vu, Antonio G\u00f3mez, brillant juriste du milieu du XVI<sup>\u00e8me<\/sup> d\u00e9finit le p\u00e9ch\u00e9 de sodomie comme acc\u00e8s charnel qui n\u2019est pas assimilable au co\u00eft naturel et \u00e0 l\u2019engendrement au sein de l\u2019esp\u00e8ce, ce que rel\u00e8ve TOMAS Y VALIENTE avec d\u2019int\u00e9ressantes consid\u00e9rations et une bonne litt\u00e9rature dans <i>El crimen y pecado contra natura, en Sexo barroco y otras transgresiones premodernas<\/i>, Madrid, Alianza, 1990, p. 33 et ss.<\/p>\n<p><sup>19<\/sup>Mateo ALEMAN, Ob. cit., p.888.<\/p>\n<p><sup>20<\/sup> Il s\u2019agissait de la version marini\u00e8re de l\u2019\u00e9cart\u00e8lement par quatre chevaux , bien que Damiens, l\u2019agresseur de Louis XV, le fut par six.<\/p>\n<p><sup>21<\/sup>La critique de la torture a d\u00e9finitivement pris corps avec le m\u00e9moire de BECARIA dans son <i>De los delitos y de las penas<\/i>, qui appara\u00eet en 1764, dix ans apr\u00e8s en Espagne. Une derni\u00e8re \u00e9dition de cette oeuvre, avec un prologue de Tom\u00e1s y Valiente rel\u00e8ve du Minist\u00e8re de Justice, Madrid, 1993. Sur la torture en Espagne vid. MARTINEZ DIEZ, G., <i>La tortura judicial en la legislaci\u00f3n hist\u00f3rica espa\u00f1ola<\/i>, dans <i>Anuario de Historia del Derecho Espa\u00f1ol<\/i>, XXXII (1962), p. 223 et ss.<\/p>\n<p><sup>22<\/sup>Sa raison principale s\u2019explique par le propre syst\u00e8me: la r\u00e9tribution des juges \u00e9tait calcul\u00e9e en fonction de leur participation aux peines p\u00e9cuni\u00e8res impos\u00e9es par eux-m\u00eames, vid. TOMAS Y VALIENTE, <i>El Derecho penal<\/i>., p. 163 et ss. La critique cervantine envers la corruption de la justice est fr\u00e9quente, ainsi dans <i>La ilustre fregona<\/i><b>\u00a0<\/b>: \u00ab\u00a0Que la graisse n\u2019en vienne pas \u00e0 manquer pour graisser la patte \u00e0 tous les ministres de la justice, car s\u2019ils ne sont pas graiss\u00e9s, ils grincent plus que les charrettes des boeufs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><sup>23<\/sup>Vid. sur ce point REDONDO, A., <i>De las terceras al alcahuete del episodio de los galeotes en El Quijote (I,22). Algunos rasgos de la parodia cervantina<\/i>. Dans <i>Journal of Hispanic Philology<\/i>, XIII,2,1989,p.135 et ss.<\/p>\n<p><sup>24<\/sup>Mateo ALEMAN, Ob. cit., p.903.<\/p>\n<p><sup>25<\/sup>BLEIBERG,G., <i>El \u00ab\u00a0informe secreto\u00a0\u00bb de Mateo Alem\u00e1n sobre el trabajo forzoso en las minas de Almad\u00e9n<\/i>, dans <i>Estudios de Historia Social<\/i>, Madrid, n\u00ba2-3, 1977,p.357-443, et r\u00e9cemment Jos\u00e9 Antonio PRIOR CABANILLAS, <i>La pena de minas\u00a0: los forzados de Almad\u00e9n,<\/i> Universidad de Castilla- La Mancha, Ciudad Real 2003.<\/p>\n<p><sup>26<\/sup>V. SEVILLA, cit., p.36 et ss, et p.228 et ss.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9lits et peines dans Don Quichote Luis Arroyo Zapatero Traduction de: Prof. Dr. C\u00e9cile Vilvandre \u00a0Cervant\u00e8s n\u2019\u00e9tait pas juriste et encore moins criminaliste, mais c\u2019\u00e9tait un grand connaisseur de la justice et des criminels, connaissances qu\u2019il a refl\u00e9t\u00e9es avec un esprit critique -encore une fois en avance sur son \u00e9poque- dans Don Quichotte et dans &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/blog.uclm.es\/luisarroyozapatero\/2013\/07\/18\/delits-et-peines-dans-don-quichotte-2\/\" class=\"more-link\">Continuar leyendo<span class=\"screen-reader-text\"> \u00abD\u00e9lits et peines dans Don Quichotte.\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":265,"featured_media":868,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[13,19],"tags":[],"class_list":["post-192","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-literaria","category-textos-en-frances"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.uclm.es\/luisarroyozapatero\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/192","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.uclm.es\/luisarroyozapatero\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.uclm.es\/luisarroyozapatero\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.uclm.es\/luisarroyozapatero\/wp-json\/wp\/v2\/users\/265"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.uclm.es\/luisarroyozapatero\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=192"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blog.uclm.es\/luisarroyozapatero\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/192\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1738,"href":"https:\/\/blog.uclm.es\/luisarroyozapatero\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/192\/revisions\/1738"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.uclm.es\/luisarroyozapatero\/wp-json\/wp\/v2\/media\/868"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.uclm.es\/luisarroyozapatero\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=192"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.uclm.es\/luisarroyozapatero\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=192"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.uclm.es\/luisarroyozapatero\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=192"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}