{"id":9178,"date":"2010-02-24T12:50:00","date_gmt":"2010-02-24T11:50:00","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.uclm.es\/archivoartea\/?p=9178"},"modified":"2026-02-24T12:53:31","modified_gmt":"2026-02-24T11:53:31","slug":"entretien-avec-angelica-liddell","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.uclm.es\/archivoartea\/2010\/02\/24\/entretien-avec-angelica-liddell\/","title":{"rendered":"Entretien avec Ang\u00e9lica Liddell"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Festival de Avignon<\/h2>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/blog.uclm.es\/archivoartea\/2003\/07\/05\/angelica-liddel\/\" data-type=\"post\" data-id=\"701\">Ang\u00e9lica Liddell<\/a><\/h4>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">2010<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Referencia bibliogr\u00e1fica<\/h5>\n\n\n\n<p>www.festival-avignon.com<\/p>\n\n\n\n<p>En 1993, Ang\u00e9lica Liddell fonde \u00e0 Madrid la compagnie Atra Bilis. Une expression latine que la m\u00e9decine antique utilisait pour qualifier l\u2019humeur \u00e9paisse et noire qu\u2019elle pensait \u00eatre la cause de la m\u00e9lancolie. Un nom comme un programme d\u00e9clin\u00e9 dans une vingtaine de pi\u00e8ces \u00e9crites par cette artiste, auteure, metteuse en sc\u00e8ne et interpr\u00e8te de ses propres cr\u00e9ations. Ses mots, d\u2019une po\u00e9sie crue et violente, sont ceux de la souffrance intime et collective, l\u2019une et l\u2019autre \u00e9tant indissociables chez Ang\u00e9lica Liddell. Mais ne lui parlez pas d\u2019engagement : elle pr\u00e9f\u00e8re se d\u00e9finir comme une \u00ab r\u00e9sistante civile \u00bb, guid\u00e9e par la compassion, l\u2019art de partager la souffrance. En \u00e9crivant sa douleur intime, elle \u00e9crit celle des autres. Dans Et les poissons partirent combattre les hommes, ce sont les immigr\u00e9s clandestins, traversant le d\u00e9troit de Gibraltar, \u00e9chou\u00e9s morts ou vifs sur les plages du sud de l\u2019Espagne ; dans Belgrade, ce sont les habitants d\u2019une ville o\u00f9 l\u2019humiliation le dispute \u00e0 la col\u00e8re, o\u00f9 les bourreaux c\u00f4toient les victimes, o\u00f9 chacun tente d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de se justifier ou de sauver sa peau. Et parce qu\u2019elle affirme ne pas se consid\u00e9rer comme un \u00e9crivain, ou parce que les mots ne sont pas toujours \u00e0 la hauteur de l\u2019horreur, la sc\u00e8ne est le lieu id\u00e9al pour lui donner corps. Un corps parfois soumis \u00e0 rude \u00e9preuve, malmen\u00e9, violent\u00e9, tourment\u00e9 jusque dans sa chair. \u00ab Le corps engendre la v\u00e9rit\u00e9. Les blessures engendrent la v\u00e9rit\u00e9. \u00bb Dans ses spectacles, Ang\u00e9lica Liddell constate la noirceur du monde, assume la douleur de l\u2019autre et transforme l\u2019horreur pour faire de l\u2019acte th\u00e9\u00e2tral un geste de survie. Elle vient pour la premi\u00e8re fois au Festival d\u2019Avignon. Plus d\u2019informations : www.angelicaliddell.com Entretien avec Ang\u00e9lica Liddell<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Deux spectacles que vous avez \u00e9crits, mis en sc\u00e8ne et dans lesquels vous jouez sont programm\u00e9s cette ann\u00e9e au Festival d\u2019Avignon. Vos textes sont par ailleurs mont\u00e9s par d\u2019autres metteurs en sc\u00e8ne. Comment vous d\u00e9finiriez-vous : dramaturge, metteuse en sc\u00e8ne, com\u00e9dienne, performeuse?<\/h3>\n\n\n\n<p>Ang\u00e9lica Liddell : J\u2019utilise la sc\u00e8ne comme un moyen. J\u2019ai du mal \u00e0 me consid\u00e9rer comme une com\u00e9dienne et comme je ne me consid\u00e8re pas non plus comme une dramaturge, je trouve \u00e9trange de voir mes pi\u00e8ces mont\u00e9es par d\u2019autres. Mes textes sont con\u00e7us pour \u00eatre mont\u00e9s, ils sont \u00e9crits pendant un processus de mise en sc\u00e8ne, je ne peux donc pas \u00e9viter la comparaison avec mes propres mises en sc\u00e8ne. Je ne me sens pas auteure de th\u00e9\u00e2tre, je n\u2019ai jamais v\u00e9cu le th\u00e9\u00e2tre sous cet angle. Vous avez fond\u00e9 une compagnie : Atra Bilis. Vous travaillez toujours avec les m\u00eames personnes ? Au d\u00e9but, la compagnie se r\u00e9sumait \u00e0 deux personnes : Gumersindo Puche et moi. Parce que je ne supportais pas les acteurs. J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 la RESAD, le conservatoire d\u2019art dramatique de Madrid, et j\u2019ai fini par d\u00e9tester les acteurs et les actrices. Pour ma premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne, j\u2019ai m\u00eame utilis\u00e9 des marionnettes, parce que je n\u2019imaginais pas \u00eatre un jour capable de travailler avec des gens. Ensuite, le temps passant, on commence \u00e0 conna\u00eetre du monde, on entre en contact avec des personnes dont on pense qu\u2019elles peuvent nous comprendre, \u00e0 qui on ne va pas devoir tout expliquer. Et puis, surtout, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 collaborer avec d\u2019autres gens quand mon travail a \u00e9t\u00e9 plus connu. Je ne peux pas travailler avec des personnes qui n\u2019ont pas vu mes pi\u00e8ces. Il faut qu\u2019elles sachent dans quoi elles s\u2019embarquent. Quoi qu\u2019il en soit, d\u2019un projet \u00e0 l\u2019autre, j\u2019aime faire appel \u00e0 de nouveaux com\u00e9diens. Ce fut le cas dans La Maison de la force (La casa de la fuerza). Par ailleurs, depuis Et les poissons partirent combattre les hommes, je travaille avec Carlos Marquerie, qui cr\u00e9e les lumi\u00e8res de mes spectacles. Les lumi\u00e8res de Carlos font partie de la po\u00e9sie de mes mises en sc\u00e8ne. Il est plus qu\u2019un collaborateur. Avec quelqu\u2019un d\u2019autre, les spectacles n\u2019auraient rien \u00e0 voir, car il compl\u00e8te leur po\u00e9tique, leur sens. En fait, j\u2019ai besoin d\u2019avoir autour de moi des personnes de confiance, car je ne fais confiance \u00e0 presque personne. J\u2019\u00e9cris, dans La Maison de la force, que \u00ab ma seule d\u00e9fense est la m\u00e9fiance \u00bb. Gumersindo Puche et Carlos Marquerie sont des gens gr\u00e2ce \u00e0 qui je peux travailler en toute confiance. Quel est le rapport entre La Maison de la force et L\u2019Ann\u00e9e de Richard (El a\u00f1o de Ricardo) ? Je pense qu\u2019on n\u2019a qu\u2019une oeuvre, avec des variations tout au long de la vie. On entre en conflit avec la sc\u00e8ne, avec les mots. On passe par des \u00e9tats critiques o\u00f9 tout vole en \u00e9clats, et l\u00e0 on se demande : mais qu\u2019est-ce que je fais sur cette sc\u00e8ne ? Si ces deux pi\u00e8ces sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes, c\u2019est parce qu\u2019elles correspondent \u00e0 deux \u00e9poques diff\u00e9rentes : L\u2019Ann\u00e9e de Richard (El a\u00f1o de Ricardo) date de 2005, La Maison de la force de 2009. Refaire L\u2019Ann\u00e9e de Richard apr\u00e8s avoir mis en sc\u00e8ne La Maison de la force, c\u2019est tr\u00e8s excitant. J\u2019ai beaucoup de plaisir \u00e0 jouer cette pi\u00e8ce, bien que l\u2019exercice soit \u00e9puisant. Quand j\u2019entre sur sc\u00e8ne, je suis toujours morte de trouille. Si je pouvais ne pas y aller, je n\u2019irais pas. Pour moi, L\u2019Ann\u00e9e de Richard est un d\u00e9fi : je touche \u00e0 mes limites en tant qu\u2019actrice. Dans La Maison de la force, en revanche, le d\u00e9fi est de me survivre. Dans ce spectacle, j\u2019ai travaill\u00e9 avec la douleur. Il n\u2019y a pas de m\u00e9diation, pas de personnage, pas de Richard III qui fasse office de m\u00e9diateur. C\u2019est la pornographie de l\u2019\u00e2me, une pornographie spirituelle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Qui est cette Ang\u00e9lica qui appara\u00eet dans certaines de vos pi\u00e8ces, par exemple dans La Maison de la force ? Est-ce que c\u2019est Ang\u00e9lica Liddell qui parle en son propre nom ? Dans mes derni\u00e8res cr\u00e9ations, oui. Totalement, compl\u00e8tement. En essayant, qui plus est, de passer outre la barri\u00e8re de la pudeur. L\u2019impudeur m\u2019a offert une libert\u00e9 brutale. L\u2019impudeur concernant ma propre vie : comme une d\u00e9f\u00e9cation sur sc\u00e8ne.<\/h3>\n\n\n\n<p>Rompre la barri\u00e8re de la pudeur suppose un effort. C\u2019est comme passer le mur du son. Je m\u2019y suis employ\u00e9e dans mes trois derni\u00e8res cr\u00e9ations : deux petites pi\u00e8ces, Anfaegtelse et Je te rendrai invincible avec ma d\u00e9faite, qui culminent avec La Maison de la force. Je travaille avec mes sentiments, qui appartiennent \u00e0 mes nuits, \u00e0 ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans ma vie. Il m\u2019arrive de convoquer \u00e0 nouveau des sentiments que j\u2019ai surmont\u00e9s, car c\u2019est avec \u00e7a que je travaille. Tel a \u00e9t\u00e9 mon objectif durant ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es. Tout cela fait l\u2019objet d\u2019une construction, mais attention : construire ne signifie pas feindre. Je me d\u00e9place sur une ligne t\u00e9nue entre la construction et les sentiments r\u00e9els. J\u2019ai le choix : prendre de la distance avec mes propres mots d\u00e9j\u00e0 construits, ou m\u2019impliquer sur le plan \u00e9motionnel. J\u2019ai choisi cette deuxi\u00e8me option. Du coup, chaque fois que je termine Je te rendrai invincible avec ma d\u00e9faite, je me dis qu\u2019il n\u2019y aura pas de prochaine fois, car c\u2019est comme un \u00e9tat de d\u00e9mence contr\u00f4l\u00e9e. De toute fa\u00e7on, on finit toujours par parler de soi, m\u00eame si on parle d\u2019un chien. Le personnage de Richard, par exemple, tient du maniaco-d\u00e9pressif. Et moi, je suis maniaco-d\u00e9pressive. L\u2019euphorie et la d\u00e9pression, c\u2019est moi qui les lui ai apport\u00e9es. Je sais ce que c\u2019est que de grimper aux rideaux sous le coup de l\u2019euphorie et de se retrouver \u00e0 ramper dans la boue cinq minutes plus tard. \u00c9videmment, je ne suis pas l\u2019incarnation du mal, mais j\u2019ai utilis\u00e9 mes sensations, ces sympt\u00f4mes, pour faire \u00e9voluer le personnage. Il est m\u00eame arriv\u00e9 qu\u2019on m\u2019attribue un discours qui n\u2019est pas le mien, tout \u00e7a parce qu\u2019on m\u2019a vue interpr\u00e9ter le personnage de Richard. Cela dit, quand on lit Shakespeare, on se rend compte que les m\u00e9chants disent aussi la v\u00e9rit\u00e9. Il \u00e9tait pour moi n\u00e9cessaire de placer de la v\u00e9rit\u00e9 dans la bouche de celui qui incarne le mal. S\u2019il ne racontait que des b\u00eatises, ce serait absurde. Il y a de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 dans tout cela, mais j\u2019ai toujours aim\u00e9 parler de monstres. J\u2019ai commenc\u00e9 avec Frankenstein en 1998. Puis il y a eu le Triptyque de l\u2019affliction, trois pi\u00e8ces sur le th\u00e8me de la d\u00e9gradation familiale, de la monstruosit\u00e9 de la famille : Monsieur et Madame Palavrakis (2001), Once upon a time in West Asphixia (2002) et Hysterica Passio (2003). Pour couronner le tout, j\u2019ai \u00e9crit et mont\u00e9 L\u00e9sions incompatibles avec la vie (2003) : un spectacle de trente minutes o\u00f9 je d\u00e9clare ne pas vouloir d\u2019enfants. Je suis pass\u00e9e de la fiction \u00e0 la confession.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">S\u2019agit-il d\u2019une forme d\u2019engagement?<\/h3>\n\n\n\n<p>Je me consid\u00e8re comme une individualiste, ce qui est \u00e0 mes yeux parfaitement compatible avec le fait d\u2019\u00eatre engag\u00e9e dans la souffrance humaine. Il y a deux parts en nous, comme disait Miguel de Unamuno : une part de nous est en chair et en os, l\u2019autre part est humanit\u00e9. J\u2019essaie de les rendre toutes deux compatibles. Mais je n\u2019ai pas le sentiment d\u2019appartenir \u00e0 une communaut\u00e9, pas m\u00eame \u00e0 une communaut\u00e9 th\u00e9\u00e2trale. Je me consid\u00e8re plut\u00f4t comme une r\u00e9sistante civile. Les engagements id\u00e9ologiques m\u2019ont souvent sembl\u00e9 frauduleux. Je suis incapable de travailler ou de penser en termes collectifs. Je pr\u00e9f\u00e8re r\u00e9sister individuellement. On associe g\u00e9n\u00e9ralement cela \u00e0 un m\u00e9pris \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019humain, de la souffrance humaine, mais je ne suis pas d\u2019accord : quand je parle de ma douleur, je la relie \u00e0 une douleur collective. La douleur de l\u2019autre est aussi r\u00e9elle que ma propre douleur. Ce n\u2019est pas une mince affaire que la compassion : se mettre \u00e0 la place de l\u2019autre, faire en sorte que la douleur d\u2019autrui nous semble aussi r\u00e9elle que la n\u00f4tre. Dans La Maison de la force, je raccorde ma douleur individuelle \u00e0 celle des m\u00e8res de Ciudad Ju\u00e1rez. J\u2019ai demand\u00e9 aux com\u00e9diennes d\u2019en faire de m\u00eame : de raconter leurs propres exp\u00e9riences. Avant m\u00eame l\u2019existence de ce projet, j\u2019\u00e9tais all\u00e9e animer un atelier au Mexique. Mon premier contact avec ce pays fut une r\u00e9v\u00e9lation : j\u2019ai \u00e9t\u00e9 secou\u00e9e par leur fa\u00e7on d\u2019affronter la violence, la r\u00e9alit\u00e9 si brutale. J\u2019y suis retourn\u00e9e quelques mois plus tard. J\u2019ai rencontr\u00e9 des gens qui venaient de l\u2019\u00c9tat du Chihuahua, de Ciudad Ju\u00e1rez. Ces personnes me comprenaient, elles comprenaient ma fa\u00e7on d\u2019\u00eatre engag\u00e9e dans les \u00e9motions, m\u00eame si ce th\u00e9\u00e2tre n\u2019est plus tr\u00e8s en vogue aujourd\u2019hui. Elles ne pratiquaient pas l\u2019autocensure. Au cours de l\u2019atelier, chacun a remu\u00e9 sa propre boue. Douleur, humiliation, violence. Dans vos pi\u00e8ces, les victimes sont souvent des femmes. C\u2019est d\u2019ailleurs le cas dans La Maison de la force. On me parle parfois de f\u00e9minisme mais, comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, je n\u2019ai pas la sensation d\u2019appartenir \u00e0 un groupe, d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 une id\u00e9ologie. En revanche, j\u2019ai pleinement conscience d\u2019\u00eatre femme, \u00e7a oui. Je suis m\u00eame fi\u00e8re d\u2019\u00eatre femme. Tout comme j\u2019ai conscience de la mortalit\u00e9 ou de la douleur, j\u2019ai conscience \u2013 brutalement conscience \u2013 d\u2019\u00eatre femme. Je ne peux pas \u00e9viter de me sentir femme. C\u2019est ancr\u00e9 en moi, je ne peux pas m\u2019en d\u00e9faire. Et cela implique des tas de choses \u00e0 supporter, comme ces petits rituels d\u2019humiliation qui nous sont impos\u00e9s par le simple fait d\u2019\u00eatre femme. C\u2019est pour moi insurmontable. Alors je dois transformer la douleur en quelque chose d\u2019autre : quelque chose de beau. Non pas que je trouve de la beaut\u00e9 dans l\u2019horreur, mais j\u2019ai besoin de transformer l\u2019horreur pour survivre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Comment \u00e9crire l\u2019horreur?<\/h3>\n\n\n\n<p>Avec ma pi\u00e8ce Belgrade, j\u2019ai atteint une limite. Le langage ne suffisait plus. Le langage n\u2019est pas \u00e0 la hauteur de la souffrance humaine. Alors j\u2019ai opt\u00e9 pour la litt\u00e9ralit\u00e9. Je ne sais pas comment exprimer la douleur si ce n\u2019est en recopiant les gros titres d\u2019un journal. Belgrade est une pi\u00e8ce de la frustration. Apr\u00e8s la trilogie des Actes de r\u00e9sistance contre la mort (Et les poissons partirent combattre les hommes, L\u2019Ann\u00e9e de Richard et Et comme elle n\u2019avait pas moisi\u2026 Blanche-Neige), j\u2019ai ressenti une profonde frustration \u00e0 cause du d\u00e9calage existant entre le d\u00e9sir et l\u2019action, entre le mot et l\u2019action. Quelles sont r\u00e9ellement les cons\u00e9quences de ces pi\u00e8ces sur le monde ? D\u2019ailleurs, dans Belgrade, m\u00eame l\u2019action finit par \u00e9chouer. Il y a dans la pi\u00e8ce un personnage de femme, Agnes, qui reconstruit les pays bris\u00e9s. Peine perdue : les h\u00f4pitaux b\u00e2tis le matin finissent par br\u00fbler la nuit. Alors elle a besoin de se retrouver : cesser d\u2019\u00eatre collective, cesser d\u2019\u00eatre Humanit\u00e9 pour redevenir femme par-dessus tout, par-dessus l\u2019Humanit\u00e9. Sentir le Je. Et ce processus, c\u2019est le mien ; Agnes en est la d\u00e9positaire. J\u2019ai projet\u00e9 en elle la frustration que je ressentais \u00e0 l\u2019\u00e9poque vis-\u00e0-vis de l\u2019engagement collectif, de l\u2019\u00e9thique. Je me rends compte \u00e9galement que je m\u2019affranchis toujours plus de l\u2019anecdote. On en trouve dans mes premi\u00e8res pi\u00e8ces, mais cela ne m\u2019int\u00e9resse plus. Il faut transformer l\u2019information en connaissance. Certaines choses peuvent avoir l\u2019air banales dans un journal, ne rien apprendre sur le mal, sur la perversion. Pourtant, m\u00eame l\u2019\u00e9conomie est une perversion, c\u2019est l\u2019une des formes du crime. Alors, justement, je tente de transformer tout cela en connaissance. J\u2019essaie, dans la mesure de mes possibilit\u00e9s, de r\u00e9v\u00e9ler les limites de l\u2019humain, le niveau de d\u00e9gradation auquel nous sommes capables de parvenir. J\u2019ai une propension, il est vrai, \u00e0 parler de la pourriture. La surface ne m\u2019\u00e9blouit pas, j\u2019ai tendance \u00e0 mettre mon nez l\u00e0 o\u00f9 se prom\u00e8nent les cafards. Le corps peut \u00eatre une autre repr\u00e9sentation de la douleur\u2026 Seul le corps engendre la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est une id\u00e9e tr\u00e8s m\u00e9di\u00e9vale. Si Michel Foucault m\u2019entendait, il m\u2019en collerait une ! Il me dirait : dis donc, ma petite, on a \u00e9volu\u00e9 depuis ! Sauf qu\u2019il y a bien quelque chose, dans le corps, qui est au-dessus de la volont\u00e9 humaine, des d\u00e9sirs. Le corps engendre la v\u00e9rit\u00e9. Les blessures engendrent la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/blog.uclm.es\/archivoartea\/wp-content\/uploads\/sites\/323\/2026\/02\/Liddell-Angelica-entretien-avignon.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Incrustado de Liddell-Angelica-entretien-avignon.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-e369f35c-704a-4264-b236-9bb64d58c600\" href=\"https:\/\/blog.uclm.es\/archivoartea\/wp-content\/uploads\/sites\/323\/2026\/02\/Liddell-Angelica-entretien-avignon.pdf\">Liddell-Angelica-entretien-avignon<\/a><a href=\"https:\/\/blog.uclm.es\/archivoartea\/wp-content\/uploads\/sites\/323\/2026\/02\/Liddell-Angelica-entretien-avignon.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-e369f35c-704a-4264-b236-9bb64d58c600\">Descarga<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Festival de Avignon. 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